Covid-19, faut-il aider les startups ?

Les années 2010 ont été celles du startup washing. Mais depuis 2-3 ans, l'ambiance tourne un peu en eau de boudin. Le COVID 19 n'arrange pas les choses, le plan à 4 milliards d'euros du gouvernement pour sauver les startups est largement décrié par les acteurs d'autres secteurs qui ne se sentent pas autant soutenus.

Image de couverture de l'article Covid-19, faut-il aider les startups ?

66 millions, c’est le nombre d’exemplaires de l’album Thriller de Michael Jackson sorti en 1982, un record absolu. Et compte tenu de la transformation radicale et rapide que connaît l’industrie musicale, probablement pour toujours. Les vinyles ont laissé place aux cassettes audio, puis aux CD qui ont, avec la transformation numérique, laissé place aux plateformes de streaming. La musique ne se vend plus, elle se partage.

L’industrie de la musique n’est pas un cas isolé, tous les secteurs de l’économie sont concernés : industries de services, édition, transport, hôtellerie, presse et demain l’éducation, la santé, l’agriculture... Nous vivons une transformation profonde.

Les startups d'aujourd'hui fabriquent le monde de demain

Les GAFA - Google, Apple, Facebook, Amazon - les NATU - Netflix, Airbnb, Tesla, Uber - et autres BATX - Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi - exercent tous une suprématie sur leur secteur respectif. Ces entreprises y parviennent en proposant, grâce au numérique, des expériences exceptionnelles, personnalisées et d’une qualité bien supérieure à celles de leur concurrent. Elles collectent systématiquement les données personnelles de leurs utilisateurs et s’en servent pour améliorer leurs produits en continu.

Au-delà de leur caractère hégémonique, les GAFA partagent le fait d’avoir commencé de zéro, dans des « garages » comme aiment souvent le rappeler leur charismatique fondateur. Hormis Apple, aucun n'existait il y a une quinzaine d'années.

C'est ce qui est fascinant avec la révolution numérique, en abaissant de manière spectaculaire les barrières de l'entrepreneuriat ( l’art de la programmation a recours à des codes et des langages devenus plus simples, les capacités de stockage massives sont disponibles à un prix raisonnable en quelques clics, la culture de l’open source favorise aussi l’accès à une pléiade d’informations précédemment protégées), les acteurs qui domineront le monde dans 10 ou 15 ans n'existent probablement pas encore.

La disruption va vite et peut survenir de n'importe où, surtout de là où on ne l'attend pas.

Stéphane Mallard, digital evangelist pour Blu AGe

Stéphane Mallard, digital evangelist pour Blue Agee

Peut-être plus déroutant encore, les acteurs qui dominent actuellement le monde ont de fortes chances de mourir. Même Amazon.

Un jour, Amazon va échouer. Une entreprise, si forte soit-elle, n'est pas immortelle et pourrait mourir d'ici 30 ou 40 ans.

Jeff Bezos, Fondateur de Amazon

Jeff Bezos, Fondateur de Amazon

Startup f*** up

Les années 2010 ont clairement été celles du startup washing. Souvenez-vous, pas une semaine (un jour ?) ne se passait sans voir paraître un article sur telle ou telle startup, qui avait levée tel ou tel montant...

Mais depuis 2-3 ans environ, l'ambiance tourne au startup bashing, avec des tribunes particulièrement à charge, provenant de grands médias ont fait leur apparition, tirant à boulet rouge sur des symboles de l’écosystème.

Ce fut le cas notamment pour Oussama Ammar dans le Monde puis de Maxime Barbier dans les Inrocks.

Il n'y a pas que les médias et la presse spécialisée qui remettent en cause les startups. On voit aussi de plus en plus d'auteurs prendre position contre les startups. C'est notamment le cas de Nicolas Menet et Benjamin Zimmer, dans leur ouvrage « Startup, arrêtons la mascarade », d'Arthur De Grave avec "Startup Nation, overdose bullshit" ou encore Antoine Gouritin avec "Le startupisme".

Il faut dire aussi que d'énormes scandales ont éclaté ces dernières années, tous plus spectaculaires les uns que les autres :

Avec sa méthode d'analyse sanguine automatisée, Theranos est sans doute la plus grande arnaque de l'histoire des startups. Valorisée plus de 9 milliards de dollars, le journaliste John Carreyrou a révélé que tout n'était que mensonge.

Dans ce style, WeWork n'est pas mal non plus. On se demande encore comment est-ce possible qu'une entreprise puisse passer de 47 milliards de valorisation à 8 en quelques jours seulement. Comment a-t-on pu autant se tromper sur son modèle économique (Dépenses rigides, vaste et permanentes liés aux baux qu'elle paie pour les immeubles VS flux de revenus des loyers des startups incertains) ? Comment Newmann a-t-il pu garder la marque en son nom propre ? Comment a-t-il pu louer des locaux à sa propre société pour 185 M$? Comment a-t-il pu mettre des membres de sa famille au conseil d'administration ?

Les géants du numérique (les startups d'hier) représentent aussi de véritables menaces pour les démocraties modernes. Fiscalité, data privacy... il faudrait être naïf pour croire qu'ils veulent notre bien. La tête de Zuckerberg lors de son audition au congrès américain pour Cambridge Analytica ne rassure pas non plus.

Il est donc tentant de mettre le dossier "soutien aux startups" en dessous de la pile derrière ceux des hôpitaux, des restos, de l'hôtellerie, du sport, de la culture...

Alors, pour ou contre les startups ?

D'abord, je ne comprends pas ce débat. Je ne comprends pas comment on peut être "pour" ou "contre" les startups. De la même manière que je ne comprends pas comment on peut être contre les entreprises établies ou pour les PME, les ONG. Cette question n'a pas de sens. Il y a de bonnes entreprises établies comme il y a de mauvaises ONG.. Donc il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas également de bonnes (JHO, To Good To Go, Lita, etc.) et des mauvaises startups (Théranos, etc.).

Ensuite, on peut rappeler que "les startups" ne sont pas un secteur économique. L'hôtellerie en est un. Les startups non. En revanche, il y a bien des startups dans le secteur de l'hôtellerie (Airbnb). Il y a beaucoup de confusions autour de ce terme. C'est pour cela que j'ai, dans un précédent post, structurer le sujet. Et ce n'est pas tout noir ou tout blanc. Donc bon courage au ministre Cédric O qui dira non à certaines entreprises car elles ne sont pas des startups !

Ce disclaimer étant posé, je vous donne mon avis : je pense qu'il est nécessaire de soutenir ce mouvement général. Cette manière d'entreprendre doit être soutenue pour au moins 3 raisons :

1) Les startups créent de l'emploi. C'est désormais prouvé par une étude, les startups sont des contributeurs à la création net d'emploi d'environ 10%.

2) Les startups créent énormément de valeur pour les agents économiques. Plus que tout autre agent, elles parviennent à générer des rendements d'échelle croissant (si vous ne maitrisez pas ce concept clé, cliquez ici.) qui leur permettent d'atteindre une échelle d'opération considérable produisant un retour sur investissement redistribué aux investisseurs qui ont misé dessus, aux clients qui utilisent des meilleurs produits pour moins cher, aux salariés avec des meilleurs salaires et stock options et enfin la société via la fiscalité. Une startup qui meure ou qui ne voit jamais le jour, c'est tirer un trait à jamais sur ces rendements si importants pour une économie.

3) Les startups résolvent des problèmes. Pour moi, une startup c'est avant tout un agent qui : commence petit, s'attaque à un marché très spécifique (Amazon a commencé par vendre des livres), ou localisé (Uber a été lancé a San Francisco), observe le marché, repère une masse de clients mécontent d'un produit ou d'un service, lance rapidement une solution alternative et meilleure, écoute le feedback de son marché en permanence jusqu'à trouver son product market fit, c'est-à-dire exactement ce que demande la cible. Bref, pour moi l'essence d'une startup c'est de résoudre un problème et plus que jamais nous en avons besoin. Le travail remarquable de MakAir pour mettre au point un respirateur artificiel exclusivement dédié au traitement du Covid-19 en est l'illustration parfaite.

Eviter l'erreur stratégique des années 2000

L’économie numérique est née au début des années 1970, avec l’invention du microprocesseur. L’informatique personnelle s’est développée tout doucement jusqu’aux années 1990, quand internet a été ouvert à des applications civiles par les pouvoirs publics américains. La mise en réseau des ordinateurs personnels a provoqué une déflagration : des entrepreneurs se sont lancés pour créer de nouvelles applications et découvrir de nouveaux modèles d’affaires, des financiers ont investi des milliards de dollars. D'immenses infrastructures ont été créées. La bulle des années 2000 n'a pas balayé cela, tout est resté en place, prêt à servir pour les générations suivantes.

La Silicon Valley l'a bien compris et a continué à investir contrairement à la France qui s'est complètement détournée de l’économie numérique, croyant à tort que cette nouvelle économie n’avait été qu’un feu de paille. Tandis que la France mettait le frein à main, les économies concurrentes que sont les USA et la Chine ont appuyé sur l'accélérateur.

Nous pourrions imputer ce retard à la taille du marché français particulièrement exigu. Il est vrai que les entrepreneurs américains et chinois bénéficient dès le premier jour d’existence de leur entreprise d’un marché homogène respectivement de 300 millions et 1,4 milliard de consommateurs qui leur permet, en cas de succès à domicile, de devenir de facto un numéro 1 mondial !

Mais ce serait se voiler la face.

Nos champions se comptent sur les doigts d'une seule main : BlaBlaCar 151e, Deezer 209e, Doctolib, 223e, et OVH 231e. Ainsi, la France se retrouve seulement 11ème nation au classement des licornes derrière l'Israël et les Indonésiens. Même si d'autres classements avec des critères différents sont plus généreux en intègrants aussi Meero, Ivalua et Veepee, nous sommes globalement à la traîne et derrière des nations qui ont aussi des contraintes de marché au moins aussi fortes que les notres.

Quand l'hsitoire à quelque chose à nous dire de l'avenir ...

Sources & Inspirations
Jean, cofounder Drakkr et product manager
Jean Le Tulzo

Cofounder Drakkr & Product Manager